TEMPS LIBRE / FREE TIME

Produit Rien, 2-13 juin 2021

 

L’exposition commence mercredi le 2 juin 2021 à 6909 rue Marconi, Montréal H2S 3K2.

Heures d’ouvertures : mercredi – jeudi 11h00 à 16h00, vendredi et samedi : 12h00 à19h00, dimanche 12h00 à 16h00.

La dernière journée de l’exposition est dimanche le 13 juin. Également sur rendez-vous.

 

info@produitrien.com

Graham Hall

 

J’ai décidé assez tôt qu’il fallait tout simplifier. Quand j’ai entrepris ce projet, la crise de santé publique de la COVID-19 en était à ses inquiétants, sombres et tragiques débuts. Dès le départ, j’ai éprouvé le besoin de rendre mon travail beaucoup plus intime en termes d’échelle et de conception. Papier, crayons et gouache étaient ce dont je disposais.

Au fur et à mesure de mes expérimentations avec la couleur et les proportions, un processus à la fois esthétique, méditatif et thérapeutique est apparu : je me concentre sur une tâche monastique et je calme mon cerveau frénétique, je marque le temps libéré de ses entraves habituelles et le comble.

 

Je crée d’abord un tableau quadrillé, m’inspirant de cet ancien procédé d’organisation et de conceptualisation. Je couvre ensuite l’entièreté de la surface de triangles colorés selon un motif alterné vide/plein. Les compositions qui en résultent ondulent et scintillent dans une exubérance sans fin. Elles brillent, sautillent et dansent devant nos yeux. Ce sont à la fois des calendriers, des journaux intimes et des graphiques du temps et de l’activité. Le titre de chaque œuvre correspond à la date où en fut terminée l’exécution.

Ce modus operandi établi, je suis passé du papier à la toile. Les peintures affichent ici les mêmes effets optiques mais créent également des effets de surface, tandis que l’addition de couches de couleur et le format élargi offrent plus de place à l’erreur. Alors que l’œuvre sur papier semble éphémère et légère, les toiles s’imposent par leur matérialité et leur format, comme s’il s’agissait d’énoncés plus complexes, collés au réel.

 

Mais en vérité, à bien des égards je veux simplement faire du beau travail. Je suis au fait des inégalités dans le monde et j’en suis préoccupé; je sais que la société est imparfaite et qu’il faut la rendre meilleure. L’indifférence face à la progression de la politique d’extrême droite m’inquiète au plus haut point. J’ai horreur de toutes les formes de racisme, de sexisme et d’intolérance. Je ne veux pas que ma fille vieillisse dans un monde dont le climat a été définitivement détruit par des siècles d’industrie. Mais je suis peintre et un peu stupide. Je ne veux pas de ces choses dans mes peintures. Pas au premier degré, du moins.

 

J’aimerais plutôt que mon travail suscite ce frisson d’excitation que l’on ressent en écoutant The Supremes, mais atténuée par une certaine mélancolie, telle une note planante, ténue et tendue qui, néanmoins, s’élève vers le ciel et nous fait espérer le meilleur.

 

Traduit par Francine Lalonde